En 2023, le webdocumentaire Les Maux de notre Alimentation , réalisé par Adventis en partenariat avec l’association ActionAid France pour des Peuples Solidaires et le syndicat ASTAC , révélait les coulisses de la production de bananes en Équateur. À travers cinq épisodes, il donnait la parole aux travailleurs et travailleuses des plantations, dénonçait les violences, les discriminations, l’accaparement des terres et l’impunité des multinationales.
En 2025, que reste-t-il de ces témoignages ? Quelles avancées, quels blocages ?
L’Équateur reste en 2025 le premier exportateur mondial de bananes, avec plus de 220 000 travailleurs concernés par ce secteur. Des initiatives comme BOHESI (Banana Occupational Health and Safety Initiative), soutenues par la FAO et des ONG comme Banana Link, ont permis de renforcer les normes de santé et sécurité au travail, notamment sur l’usage des pesticides, les violences sexistes et les droits syndicaux.
Le gouvernement a également mis en place une politique nationale de “salario digno” (salaire décent), avec un minimum fixé à 466 $/mois, incluant les 13e et 14e mois obligatoires. Ce montant correspond au salaire de subsistance calculé par l’étude Anker soutenue par Fairtrade, qui prend en compte logement, alimentation, santé, transport et éducation.
Cependant, malgré ces efforts, les conditions de terrain restent précaires :
- Environ 40 % des travailleurs n’ont pas de contrat officiel, ce qui les prive de droits sociaux et rend leur situation invisible aux autorités.
- Les producteurs, sous pression des distributeurs internationaux, peinent à garantir ces salaires sans une augmentation des prix d’achat.
- Même avec un contrat, les conditions de vie restent précaires : frais scolaires élevés, accès difficile aux soins malgré leur gratuité théorique, logements insalubres.
- L’exposition aux produits chimiques reste élevée : les bananeraies utilisent jusqu’à 10 fois plus de pesticides que les cultures conventionnelles.
- Les violences sexistes et les discriminations persistent, en particulier envers les femmes travailleuses, souvent reléguées aux tâches les plus pénibles et les moins rémunérées.
Malgré les discours officiels sur le respect des droits humains, les discriminations structurelles restent omniprésentes dans les plantations de bananes en Équateur :
- Les femmes sont souvent cantonnées aux tâches les plus pénibles et les moins rémunérées, comme l’emballage ou le nettoyage des fruits.
- Elles subissent des violences sexistes, du harcèlement et des pressions pour ne pas dénoncer les abus.
- L’accès aux postes à responsabilité ou à la syndicalisation leur est souvent refusé ou découragé, renforçant leur invisibilité dans les luttes sociales.
- Les travailleurs et travailleuses issus des communautés autochtones sont surreprésentés dans les emplois précaires, sans contrat ni protection.
- Iels font face à des stigmatisations, à des logements insalubres, et à un accès limité aux services publics, malgré les promesses d’inclusion.
- Les entreprises bananières continuent de refuser l’enregistrement légal de syndicats comme l’ASTAC, empêchant les travailleurs de se défendre collectivement.
- Des représailles ciblées sont exercées contre les salarié-es qui s’organisent : licenciements abusifs, intimidations, surveillance.
Fairtrade et les organisations locales proposent cinq leviers pour améliorer durablement les conditions de travail :
- Des prix équitables pour les producteurs, permettant de verser un salaire décent.
- Des lois contraignantes sur le devoir de vigilance des entreprises, notamment en Europe.
- Des négociations collectives sectorielles, pour garantir des standards communs.
- Une feuille de route mondiale sur le salaire de subsistance, via le World Banana Forum.
- Un engagement à long terme des acheteurs et distributeurs, pour soutenir les producteurs dans la durée.
Le webdocumentaire Les Maux de notre Alimentation n’a pas seulement révélé des injustices : il a créé des ponts entre les luttes locales et les solidarités internationales. En 2025, les conditions dans les bananeraies équatoriennes restent marquées par la précarité, les discriminations et l’impunité. Mais les résistances s’organisent, les voix se font entendre, et les alliances se renforcent.
Consommer autrement, c’est refuser l’exploitation, soutenir les travailleurs et les travailleuses, et transformer nos choix en actes politiques.
Pour en savoir plus :
Santé et sécurité au travail dans l’industrie bananière (rapport de la FAO)
Les cinq étapes clés vers de meilleurs salaires pour les travailleurs des plantations de bananes (rapport de Fairtrade
Entretien avec Jorge Acosta, dirigeant syndical de l’ASTAC
Recrutement syndical dans le secteur bananier en Équateur : « Nous devons unir la lutte »
Un Gold Anthem Award en 2024 pour "Les Maux de notre Alimentation"
CID-MAHT
Centre d’Information et de Documentation -